Donneurs d'ordre

Caution bancaire ou délégation de paiement : protéger le sous-traitant

Mis à jour le 8 octobre 2026 · Lecture : 5 min

En marché privé, la loi de 1975 oblige l'entrepreneur principal à garantir le paiement de son sous-traitant par une caution bancaire ou une délégation de paiement. L'oubli est fréquent, et il fragilise le contrat. Voici comment choisir et mettre en place la bonne solution.

En bref

Ce que la loi exige

La loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 impose à l'entrepreneur principal, dans les marchés privés, de garantir au sous-traitant le paiement de toutes les sommes dues au titre du sous-traité. Deux voies sont ouvertes : une caution personnelle et solidaire obtenue auprès d'un établissement qualifié (banque, société de caution mutuelle, assureur agréé), ou une délégation de paiement par laquelle le maître d'ouvrage s'engage à payer directement le sous-traitant. La caution doit exister dès la signature du sous-traité ; à défaut, le contrat est nul.

Cette nullité est dite relative : seul le sous-traitant peut s'en prévaloir, et il le fera en général le jour où il est en conflit avec l'entrepreneur principal, pour échapper aux clauses qui le gênent (pénalités, forfait) et réclamer la valeur réelle des travaux. Pour le donneur d'ordre, ne pas fournir la caution revient donc à signer un contrat dont il ne pourra pas se servir.

En marché public, ce dispositif est remplacé par le paiement direct du sous-traitant par l'acheteur (voir le guide sur l'agrément), sauf pour les sous-traitants de second rang qui restent soumis à la caution.

Caution ou délégation : comparer

Caution bancaireDélégation de paiement
Qui s'engageUne banque ou un organisme de caution, pour le compte de l'entrepreneur principalLe maître d'ouvrage, qui accepte de payer le sous-traitant
Coût pour l'entrepreneurCommission annuelle sur le montant garanti et mobilisation de sa ligne de créditPas de frais bancaires, mais perte de maîtrise des flux de paiement
Accord nécessaireCelui de l'établissement financierCelui du maître d'ouvrage, du sous-traitant et de l'entrepreneur (acte tripartite)
Quand elle joueSi l'entrepreneur principal ne paie pas, le sous-traitant appelle la cautionLe maître d'ouvrage paie le sous-traitant au fur et à mesure, et déduit ces sommes de ce qu'il doit à l'entrepreneur
LimiteMontant du sous-traité, augmenté des avenants si la caution est étendueLe maître d'ouvrage ne paie que dans la limite de ce qu'il doit encore à l'entrepreneur principal

En pratique, la caution est la solution courante des entreprises générales qui disposent de lignes de cautionnement. La délégation de paiement est fréquente dans la promotion immobilière et chez les maîtres d'ouvrage professionnels qui veulent sécuriser directement le paiement des entreprises présentes sur leur chantier.

Mettre en place une caution

  1. Négociez avec votre banque une ligne de cautionnement dédiée aux sous-traités, plutôt qu'une demande au cas par cas pour chaque contrat.
  2. Pour chaque sous-traité, demandez l'acte de caution avant la signature, en indiquant le montant HT et TTC garanti et l'identité exacte du sous-traitant.
  3. Remettez l'original au sous-traitant et conservez-en copie dans le dossier du marché.
  4. En cas d'avenant augmentant le montant, faites étendre la caution : la partie non couverte serait exposée à la nullité.
  5. À la fin du sous-traité, une fois le solde réglé et la retenue de garantie libérée, demandez la mainlevée au sous-traitant pour libérer votre ligne de crédit.

Mettre en place une délégation de paiement

La délégation de paiement est un acte signé par les trois parties. Elle désigne le sous-traitant, le montant des travaux délégués et les modalités : le sous-traitant adresse ses situations à l'entrepreneur principal, qui les vise et les transmet au maître d'ouvrage, lequel règle le sous-traitant et déduit la somme du compte de l'entrepreneur. Le contrat doit préciser qui vérifie les quantités et dans quel délai, pour que le maître d'ouvrage ne paie pas des travaux contestés.

Point d'attention : la délégation ne couvre que ce que le maître d'ouvrage doit encore à l'entrepreneur principal. Si celui-ci a déjà été largement payé ou s'il est en difficulté, le sous-traitant peut se retrouver sans recours. Il peut alors être prudent de combiner délégation et caution partielle.

L'action directe, filet de sécurité du sous-traitant

Indépendamment de la caution, la loi de 1975 donne au sous-traitant agréé une action directe contre le maître d'ouvrage : si l'entrepreneur principal ne le paie pas un mois après une mise en demeure, il peut réclamer au maître d'ouvrage les sommes que celui-ci doit encore à l'entrepreneur principal au jour de la réception de la copie de la mise en demeure. Pour le maître d'ouvrage, c'est une raison supplémentaire de n'accepter sur son chantier que des sous-traitants agréés et de vérifier que la caution a été fournie : la loi lui impose d'exiger cette justification de l'entrepreneur principal.

À retenir

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Ces informations sont générales et à jour au 8 octobre 2026. Elles ne remplacent ni un conseil juridique ou comptable, ni la lecture des textes officiels, qui évoluent : vérifiez toujours sur service-public.fr, legifrance.gouv.fr ou auprès d'un professionnel du droit ou du chiffre. Les prix cités sont des fourchettes indicatives, variables selon la région, l'accès au chantier, les matériaux et la période.