Artisans

Sous-traitance dans le bâtiment : loi de 1975 et garanties de paiement

Mis à jour le 8 octobre 2026 · Lecture : 5 min

La sous-traitance est le quotidien du bâtiment, mais elle obéit à une loi précise, souvent ignorée sur les petits chantiers. Connaître ses mécanismes, c'est se protéger contre les impayés, que l'on soit entrepreneur principal ou sous-traitant.

En bref

De quoi parle-t-on exactement

Il y a sous-traitance quand une entreprise (l'entrepreneur principal) confie à une autre (le sous-traitant) l'exécution de tout ou partie du marché qu'elle a conclu avec son client (le maître d'ouvrage). Trois acteurs, deux contrats : le marché principal et le contrat de sous-traitance. Le sous-traitant n'a pas de lien contractuel avec le maître d'ouvrage, ce qui explique pourquoi la loi a créé des protections spécifiques.

La sous-traitance se distingue de la fourniture (un fabricant qui livre des menuiseries sans les poser n'est pas sous-traitant) et de la cotraitance ou groupement (plusieurs entreprises signent ensemble le marché avec le client). La distinction compte : les règles ci-dessous ne s'appliquent qu'à la vraie sous-traitance.

L'agrément du sous-traitant

L'entrepreneur principal doit, au moment de la conclusion du marché et pendant toute son exécution, faire accepter chaque sous-traitant par le maître d'ouvrage et faire agréer ses conditions de paiement. Concrètement, cela passe par une déclaration de sous-traitance (en marché public, le formulaire DC4) ou par un simple courrier ou courriel en marché privé, auquel le maître d'ouvrage répond par un accord écrit.

Un sous-traitant non présenté peut travailler sur le chantier, mais il est juridiquement fragilisé : il ne bénéficie pas de l'action directe prévue par la loi. De son côté, l'entrepreneur principal qui fait intervenir un sous-traitant sans agrément peut voir sa responsabilité engagée vis-à-vis du maître d'ouvrage. Et le maître d'ouvrage qui constate la présence d'un sous-traitant non déclaré doit mettre l'entrepreneur principal en demeure de régulariser.

Si vous êtes sous-traitant, demandez une copie de l'agrément avant de commencer. Si vous êtes entrepreneur principal, la déclaration est aussi dans votre intérêt : elle clarifie la chaîne de responsabilités.

Marché privé : caution ou délégation de paiement

Dans un marché privé (client particulier, entreprise, copropriété), l'article 14 de la loi impose à l'entrepreneur principal de garantir le paiement du sous-traitant par l'un des deux moyens suivants :

MécanismeFonctionnementPoint d'attention
Caution bancaireUn établissement financier s'engage à payer le sous-traitant si l'entrepreneur principal fait défaut.A un coût pour l'entrepreneur principal ; doit être obtenue avant le début des travaux du sous-traitant.
Délégation de paiementLe maître d'ouvrage s'engage à payer directement le sous-traitant pour la part des travaux qui lui est confiée.Nécessite l'accord écrit du maître d'ouvrage ; très utilisé avec les clients professionnels et les promoteurs.

À défaut de caution ou de délégation, le contrat de sous-traitance est nul, et c'est le sous-traitant qui peut invoquer cette nullité. En pratique, sur les petits chantiers de particuliers, cette obligation est largement méconnue ; elle n'en reste pas moins la règle, et un sous-traitant averti peut l'exiger.

Marché public : le paiement direct

Dans les marchés publics, le sous-traitant accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées est payé directement par l'acheteur public dès que le montant de son contrat atteint 600 € TTC. Il adresse sa demande de paiement à l'entrepreneur principal, qui dispose d'un délai pour l'accepter ou la contester ; passé ce délai, elle est réputée acceptée et transmise à l'acheteur. Pour les sous-traitants de second rang (sous-traitant d'un sous-traitant), la caution ou la délégation redevient la règle.

L'action directe : le filet de sécurité

Si l'entrepreneur principal ne paie pas le sous-traitant un mois après une mise en demeure restée sans effet, le sous-traitant agréé peut réclamer le paiement directement au maître d'ouvrage, dans la limite de ce que ce dernier doit encore à l'entrepreneur principal. La procédure est la suivante :

  1. Mettre l'entrepreneur principal en demeure de payer, par lettre recommandée avec accusé de réception.
  2. Adresser une copie de cette mise en demeure au maître d'ouvrage, pour l'informer de la situation.
  3. Attendre un mois : si rien n'est réglé, réclamer au maître d'ouvrage les sommes dues, justificatifs à l'appui.
  4. Le maître d'ouvrage paie le sous-traitant sur ce qu'il doit encore à l'entrepreneur principal ; les sommes déjà versées ne peuvent pas être récupérées.

D'où l'importance de la copie de la mise en demeure : à partir de sa réception, le maître d'ouvrage qui continuerait à payer l'entrepreneur principal le ferait à ses risques.

Responsabilités et assurances

Vis-à-vis du maître d'ouvrage, c'est l'entrepreneur principal qui répond des travaux, y compris de ceux exécutés par ses sous-traitants : la garantie décennale s'applique à lui. Le sous-traitant, lui, engage sa responsabilité contractuelle de droit commun envers l'entrepreneur principal. L'obligation légale d'assurance décennale ne pèse pas directement sur le sous-traitant, mais la plupart des entrepreneurs principaux et des assureurs exigent qu'il soit assuré, et c'est de toute façon prudent : un recours en cas de sinistre se retournera vers lui.

Enfin, sous-traiter n'exonère pas de l'obligation de vigilance : pour tout contrat d'au moins 5 000 € HT, l'entrepreneur principal doit collecter l'attestation de vigilance URSSAF et l'extrait d'immatriculation de son sous-traitant, à la signature puis tous les six mois.

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